" Le nom de Max Penson est
longtemps demeuré inconnu, bien que son ?uvre mérite
d’être placée au même rang que celle de Grinberg, de Zelma, de
Rodchenko, de Chaïkhet et des autres grands photographes
russes ", observe Olga Sviblova, directeur du Musée Maison de
la photographie de Moscou. Max Penson est né en 1893 à Velizh,
près de Vitebsk (Biélarussie) dans une famille
pauvre.
Max Penson
Ses photos révèlent aussi les
divers styles - pictorialisme, constructivisme et réalisme
socialiste - de cet artiste talentueux.
Max Penson est né en 1893 à
Velizh, près de Vitebsk (Biélarussie) dans une famille pauvre.
Il apprend seul à lire et à écrire. De 1907 à 1911, il étudie
au collège municipal de Velizh, puis entre à l’école des arts
de la céramique de Mirgorod, dans la province de Poltava.
Mais, ses maigres revenus le forcent à aller à Vilno. Là, il
est admis à l’école des arts appliqués de la fondation
Antokolski. En 1915, fuyant les pogroms russes et la Première
Guerre mondiale, il se réfugie à Kokand (Asie centrale). Il
gagne sa vie comme comptable et professeur de dessin pour les
écoliers jusqu’en 1917. Puis il dirige les ateliers municipaux
d’art appliqué de Kokand pendant cinq ans.
En 1921, c’est un appareil
photographique offert par le district de Kokand qui bouleverse
la vie de ce peintre et dessinateur. Max Penson apprend la
technique photographique. En 1923, il s’installe à Tachkent
(Ouzbékistan), fréquente les photographes qui dirigent des
ateliers professionnels et s’oriente, par goût, vers le
reportage photo.
De 1926 à 1948, il travaille comme
photographe pour la " La Pravda (la Vérité) d’Orient ", et de
1940 à 1945, pour l’Armée Rouge. Par son travail, il élabore
une chronique exceptionnelle sur une contrée excentrée. C’est
en 1939 que Max Penson bénéficie de son unique exposition
personnelle dont il conçoit le catalogue avec Alexandre
Rodtchenko : à l’occasion du 15e anniversaire de la
République soviétique ouzbek, il présente 300 photos. En 1940,
son travail remarquable est admiré par Sergueï Eisenstein qui
écrit dans la revue " La Photographie soviétique " : " Il
est impossible de parler de Fergana sans mentionner
l’omniprésent Penson, qui a sillonné tout l’Ouzbékistan avec
son appareil. Ses archives, qui ne connaissent pas
d’équivalent, permettent de suivre année par année, de
feuilleter page après page, toute une période de l’histoire de
cette république. La création artistique de Max Penson et son
destin sont liés à ce merveilleux pays ".
Le travail effectué par Max Penson
constitue un patrimoine de plusieurs milliers de négatifs et
tirages originaux, malheureusement en partie détruit ou
détérioré, car longtemps mal conservé. Ce photographe
travaille dans un laboratoire, à son domicile, sans bénéficier
longtemps de l’eau courante, et entouré de son épouse, leurs
quatre enfants, et leurs proches.
Sa journée de travail est divisée
de manière à consacrer le matin et le début de l’après-midi à
la prise de vues et au développement, et la nuit au tirage des
photographies. C’est cette dernière phase qui fait l’objet de
nombreuses expérimentations. Ses photographies, Max Penson les
tire en grands formats bien qu’il sache que la rédaction du
journal ne les prend pas et qu’aucune exposition n’aura lieu.
Il les affiche dans sa maison pour un public composé de sa
famille et d’amis. Malgré ses maigres revenus, Max Penson
parvient à se procurer des livres d’art pour maîtriser " la
structure et la facture de ses futures photographies. C’est
ainsi que fut créée sa célèbre Madone ouzbek couronnée par une
Médaille d’or à l’Exposition Universelle de Paris en 1937 ",
précise Mme Sviblova.
Son style emprunte au
pictorialisme (" Les eaux et les hommes ", 1935), au
constructivisme (" Spectateurs d’un match de football au Stade
Dynamo de Tachkent ", 1930) et au réalisme socialiste ("
Ouvrière de l’usine de matériel agricole de Tachkent ", 1938).
Car, malgré l’éloignement de la république ouzbek, Max Penson
a toujours eu la curiosité de s’intéresser aux innovations
artistiques, vraisemblablement à celles de Rodchenko
(1891-1956) et Lazar Lissitsky (1890-1941). Il se lie d’amitié
avec le photographe Zelma (1906-1984), né à Tachkent et qui
travaille souvent en Asie Centrale.
" Son époque, il l’aime, la
comprend, mais il en a peur. Son fils Myron Penson,
réalisateur et photographe, se souvient que son père allumait
du feu dans le jardin pour détruire négatifs et tirages
représentant des gens que le régime stalinien avait rayés de
l’existence ". Celle-ci le frappe durement : en 1948, le
KGB lui retire sa licence de photographe de presse, ce qui
rompt sa collaboration avec la rédaction de " La Pravda
d’Orient ".
D’autres photographes victimes de
mesures identiques parviennent à illustrer des magazines de
culture populaire. Max Penson semble attendre qu’on le
rappelle. Quittant rarement son domicile, il retouche ses
photos en accentuant ironiquement les sourires, réels ou
forcés, et en montrant ainsi ce qu’il pense d’un régime
promettant des lendemains heureux. En 1959, il meurt des
suites d’une maladie et d’une grave dépression.
Site du Musée Maison de la
photographie de Moscou :
http://www.mdf.ru/english